Publié le 19 juin 2020 | par Anne-Catherine B.

La méthode CARE-TDL

Compter ce qui compte vraiment, voilà qui pourrait résumer en quelques mots le pilier de la méthode de comptabilité CARE-TDL (Comprehensive Accounting in Respect of Ecology Triple Depreciation Line).

La comptabilité actuelle est largement ignorante de l’Environnement et de l’Homme et masque l’ensemble des efforts nécessaires pour mettre véritablement en œuvre la transition écologique à l’échelle de la planète. Les entreprises se préoccupent de préserver le capital financier pour leurs actionnaires mais les capitaux naturels et humains ne sont pas représentés dans leurs bilans. L’économie parle de tout sauf de limites planétaires. Elle ne tient compte que des flux et considère tout le reste comme des externalités. Or, il y a un lien direct entre la façon de compter et les décisions qui sont prises. La méthode CARE-TDL, créée par Jacques Richard et Alexandre Rambaud, est née de ce constat.

Pour en comprendre les rouages, entretien avec Dominique IOOS, qui après une longue carrière dans la banque, a rejoint le réseau "Fermes d’Avenir" où il a été en charge des expérimentations de la comptabilité multi-capitaux basée sur CARE-TDL. 

Réintégrer la dette écologique de l’entreprise dans ses bilans, utopie ou possible réalité ?

NB : cette interview a été filmée. Vous pouvez donc également en prendre connaissance en cliquant sur les liens vidéos (format court et/ou version intégrale) à la fin de cet article (captation et montage réalisés par Willem T.).

Quel est votre parcours professionnel ? Comment passe-t-on du secteur bancaire à celui de "Fermes d’Avenir" ?

Je suis ingénieur agronome de formation. Après une petite période dans le conseil, j’ai travaillé dans la banque. D’abord une petite banque privée, puis le Crédit Lyonnais, le Crédit Agricole et enfin mes 10 dernières années à la direction financière de Société Générale, notamment dans la banque d’investissement. Dans le cadre d’un plan sénior, j'ai saisi l'opportunité de m'engager dans du mécénat de compétences en rejoignant l’association "Fermes d’Avenir". J’avais vu le film "On a 20 ans pour changer le monde", adaptation du livre de Maxime de Rostolan, lors du festival Atmosphère de Courbevoie. Son projet de promotion de l’agroécologie m’a séduit et m’a incité à creuser cette voie. Pour moi qui suis aussi fils d'agriculteurs, c’est une forme de retour aux sources que d’apporter mes compétences dans ce domaine. Ça correspond aux valeurs que nous avons re-développées avec mon épouse, également engagée dans l’écologie. L’actualité met en évidence tous les jours les conséquences de la dégradation du climat, des sols, de l’Environnement. Mon travail auprès de "Fermes d’Avenir" m’a permis de visualiser les actions à mettre en oeuvre pour contrecarrer réellement cette dégradation et permettre à la Terre d’accueillir encore longtemps l’humanité.

Vous êtes en charge de la mise en œuvre de la comptabilité CARE-TDL pour "Fermes d’Avenir". Qu’est-ce que CARE-TDL ? Et quelle différence avec l’approche conventionnelle de la comptabilité actuelle ? 

Je suis tombé un peu par hasard sur CARE-TDL puisque dans le cadre de ses actions d’influence, "Fermes d’Avenir" a fait un plaidoyer pour une agriculture innovante. L’une de ses convictions c’est que l’on ne peut pas avoir une bonne trajectoire dès lors que l’on ne compte pas correctement.

Au départ, on appelait CARE-TDL la comptabilité triple capital. Maintenant on dit plutôt comptabilité multi-capitaux.

Depuis que j’ai vu cette méthode, ça m’a transformé. J’ai passé une grande partie de ma vie dans les directions financières et je me suis aperçu qu’en comptabilité conventionnelle on comptait beaucoup de choses de façon complexe mais on ne comptait pas nécessairement ce qui est le plus important.

En fait, la comptabilité classique, telle qu’elle a été créée au départ par les marchands vénitiens, est une comptabilité en partie double. Son objectif est, pour celui qui met de l’argent dans une structure, d’être sûr que son investissement financier ne soit pas perdu à la fin. Cette comptabilité vise donc la préservation du capital financier. Elle permet de visualiser les engagements qu’a la structure vis-à-vis de ses actionnaires. Le directeur comptable est, à titre personnel, intimement responsable de produire une information fiable, conforme, sincère et fidèle, à l’usage des différentes parties prenantes : actionnaires, banquiers et l’ensemble des personnes concernées par la viabilité d’une entité.

CARE-TDL élargit le périmètre. Une entreprise, pour aboutir à ses fins, préserve le capital financier et essaie de dégager des profits pour enrichir l’ensemble des personnes qui en bénéficie, que ce soit les actionnaires, les salariés, les clients, les banquiers, …  Mais pour atteindre cet objectif-là, cette entreprise a besoin de 3 choses : le capital financier bien sûr, mais également des hommes (employés, clients, …) et de la nature. Pour une ferme c’est évident, elle a besoin du sol, de l’eau, de l’air. Une société industrielle quant à elle a besoin en premier lieu de pétrole.

Et bien l’objectif de CARE-TDL, c’est d’intégrer dans la comptabilité non seulement la préservation du capital financier, mais également la préservation du capital naturel - l’eau, l’air, le sol, les forêts, etc – et du capital humain - le patrimoine, les employés, la société civile, etc.

Pour ce dernier point ça peut être également la culture ou tout ce qui compte d’un point de vue humain et que l’on trouve capital de préserver.

Peut-on dire que CARE-TDL c‘est une méthode de comptabilité qui interconnecte l’ensemble de ce qui fait fonctionner un système ?

Oui, c’est effectivement l’ensemble des éléments, qu’ils soient financiers, naturels ou humains. Ces éléments permettent d’avoir une vision de l’ensemble des dettes que peut avoir une structure, vis-à-vis non seulement de la finance mais aussi de la nature et de l’homme, et de vérifier sa solvabilité à l’égard de ces 3 créanciers. 

Si on devait synthétiser, quels sont les axiomes de CARE- TDL? 

CARE-TDL est une méthode qui a été créée par Jacques Richard et Alexandre Rambaud.

Jacques Richard est professeur émérite de l’université Paris Dauphine et Alexandre Rambaud, maître de conférence, notamment à AgroParisTech et Dauphine et responsable de la chaire de comptabilité écologique.

Richard et Rambaud ont mis en évidence le fait que la comptabilité actuelle ne permettait pas la préservation des capitaux naturels et humains utilisés par une entreprise.

1er axiome : l’économie est dépendante des 3 capitaux (financier, naturel et humain) pour fonctionner. Or, ce postulat est très différent des principes fondateurs de l’économie.

Jean-Baptiste SAY disait qu’il était inutile de mesurer ou de comptabiliser la nature puisqu’elle ne coûtait rien, qu’elle était inépuisable et que donc l’économie n’avait pas besoin de se préoccuper de cet aspect-là. Ce qui est d’ailleurs retranscrit dans les différentes revues de chercheurs en économie où il y a très peu d’articles dans lesquels on parle du climat ou de l’Environnement. C’est un sujet ignoré d’eux.

2ème axiome : la préservation des capitaux naturels et humains nécessite une étude ontologique très précise. La question est de définir la nature du capital. Qu’est-ce que ça veut dire le préserver, quel est l’impact que l’on peut avoir sur ce capital et qu’est-ce que l’on fait par rapport à cet impact ?

3ème axiome : la reconnaissance par l’entreprise qu’elle a besoin de la nature et de l’homme pour faire un profit.

4ème axiome : l’activité de l’entreprise a un impact sur ces derniers, elle les dégrade.

5ème axiome : c’est la responsabilité de l’entreprise de restaurer ce qu’elle a dégradé. 

6ème axiome : l’ensemble des efforts de préservation de l’entreprise doit être intégré dans les états financiers, et non en extra-financier, pour valider et certifier sa solvabilité vis-à-vis des 3 autres capitaux - financier, naturel, humain.

En synthèse, pour qu’il y ait capital, il faut qu’il y ait une préoccupation de préservation.

Il faut être capable de qualifier ce que ça veut dire de préserver et donc qu’il y ait un indicateur de préservation sur lequel on va pouvoir acter des efforts avec un processus identifié. Parce que si un capital est cassé, je suis en faillite.

Ce dernier point amène à considérer le capital et ses coûts de maintien comme une dette. Le capital est pris comme un passif de l’entreprise et non comme un actif.

D’un point de vue comptable, CARE-TDL vise l’identification de la dette de l’entité vis-à-vis de la nature et de l’homme et les efforts qu’elle va faire pour les préserver. Le modèle d’affaires peut (et devrait) en amont développer des stratégies d’évitement qui font partie de l’optimisation du capital financier.

Une entreprise respectueuse de l’homme et de l’Environnement aura moins de coûts de préservation et des capitaux associés moins élevés. Le profit qui sera dégagé est celui après coûts de préservation.

Le profit financier distribuable aujourd’hui, celui sur lequel on peut distribuer des dividendes, est un profit non durable. Car une partie devrait être dédié à la restauration des capitaux naturels et humains qui ont été dégradés.

CARE-TDL est aussi et surtout dynamique et vise à piloter l’ensemble des efforts de préservation. Les choses ne sont pas définies une fois pour toutes, il y a bien une vérification permanente, soit en testant le climat, soit en testant les salariés pour savoir si les mesures prises préservent bien les différents capitaux.

Peut-on se servir de CARE-TDL pour les décisions qui seront prises concernant les actions de lutte contre le réchauffement climatique ?

Par rapport au climat, pour respecter la trajectoire du GIEC qui peut être l’indicateur de respect du capital climat, les centrales nucléaires peuvent apparaître comme étant une bonne solution du point de vue du bilan carbone. Par contre, il faut une analyse ontologique sur l’impact des déchets nucléaires. Qu’est-on prêt à tolérer ou à ne pas tolérer ? Qu’est-ce qui est possible en termes de retraitement ? Il faut une analyse objective qui permette de faire ce choix. Et une fois que le choix est fait on s’y tient. Soit les déchets nucléaires sont intolérables et dans ce cas-là le capital naturel d’une centrale nucléaire est infini, ou alors je pense le contraire, et dans ce cas-là, son capital naturel incluera l’ensemble des efforts du coût de retraitement des déchets pour que ce soit admis par l’ensemble de la société comme étant tolérable. Il y a donc un débat à avoir dans le choix du capital, à la fois scientifique et de société. On s’aperçoit aussi qu’avec CARE-TDL, au-delà des actionnaires qui sont les principaux décideurs, on doit également rajouter des parties prenantes qui doivent être des représentants des capitaux naturels et humains. Cela permet d’être sûr qu’à la fin, on est bien d’accord sur les capitaux à préserver et que ces capitaux le sont avec les indicateurs et les objectifs en phase avec ceux que l’on s’est fixés.

Vous parliez de choix de société. Ce choix des capitaux, des valeurs à préserver, est-ce que ça peut faire l’objet d’un débat démocratique qui nous amène à nous questionner sur notre rapport à la nature ?

Oui effectivement. L’intérêt de CARE-TDL c’est de poser la question "à quoi je tiens, qu’est-ce qui est important, qu’est-ce qui n’est pas important ?" et ça repose la question de la relation que l’on a avec le vivant. Ça pose la question de mon impact sur la nature ou sur les autres personnes. Ça questionne également la relation que l’on a les uns avec les autres. On s’aperçoit d’ailleurs de la fracture aujourd’hui car on ne s’intéresse pas réellement à l’impact de ce que l’on fait à la nature et à ses conséquences. On le voit au quotidien sur la dégradation qui continue autour de nous malgré les déclarations d’intention.

On a le sentiment que parce qu’on parle beaucoup d’écologie on préserve plus la nature, en fait c’est faux. On a une relation aujourd’hui qui est biaisée.

On se dit que ce n’est pas bien de dégrader la nature, il faut préserver les forêts, il faut préserver l’eau etc mais en fait, de façon concrète, chaque jour qui passe, on fait plus mal que la veille. Les efforts que l’on fait sont inférieurs aux dégradations.

Quand on parle de croissance verte, si on veut respecter la trajectoire du GIEC, ça veut dire que pour chaque français il faut passer de 10 tonnes par an et par personne de CO2 émis à 2 tonnes par an et par personne.

2 ou 3 tonnes de CO2, ça signifie que je construis 7m2 de plus dans ma maison et c’est fini. Ou que je mange 400 repas avec de la viande et c’est fini. Ou que je fais un AR Paris New York ou 12 000 kms en voiture et c’est fini. Évidemment il va falloir que je fasse un choix qui va être un mix de ce que je vais pouvoir faire entre les différents budgets de consommation carbone que j’ai consommés.

On voit exactement là que notre relation va changer et qu’il faudra bien que l’on ait un pilotage transparent des efforts à faire et qu’il soit légitime pour tout le monde. On voit très bien avec la crise du coronavirus que lorsque les choses sont légitimes, il n’y a pas de problème même si c’est compliqué, l’ensemble de la population et de la société se mobilise.

A terme, si on retrouve la bonne trajectoire, on peut sortir de la spirale infernale où on détruit la planète, on détruit les hommes et on a beaucoup de mal à vivre ensemble.

Les systèmes financiers plus la révolution industrielle nous ont mis dans une logique d’individualisme et de destruction qui a pu être compensée par un certain confort. CARE-TDL c’est la possibilité d’inverser la façon dont on voit les choses, pour remettre une dynamique positive dans l’ensemble de la société et des forces économiques, en lien et en cohérence avec la nature et les hommes.

Comment expliquer que l’on sait tout ça et que l’on ne fait rien ? 

Je pense qu’on se ment à nous-mêmes. Il y a une sorte de déni. La trajectoire à suivre pour éviter cette destruction, elle n’est pas facile.

J’ai rencontré lorsque l’on faisait des exercices de comptabilisation CARE-TDL dans des fermes agro-écologiques, des personnes qui étaient bénévoles sur les exploitations agricoles. Certains vivaient à 2 tonnes de CO2 par an, c’est une vie ascétique.

En fait, regarder les choses en face ce n’est pas facile, il faut sortir du déni. Tant que l’on ne sortira pas de ce déni, on continuera à détruire. Et pour rendre ce déni acceptable, on fera croire que l’on est sur la bonne direction. En fait non, on n’est pas du tout dans la bonne direction.

Années après années, on détruit de plus en plus de forêts, d’océans, le climat va nous rattraper. Aujourd’hui, la trajectoire 1,5°C, elle est ambitieuse.

On souhaite en 2050 ne pas émettre plus que ce que l’on est capable d’absorber au niveau de la planète. Donc en fait, on va continuer à augmenter le taux de gaz carbonique dans l’air jusqu’en 2050. Plus les efforts seront tardifs, plus ce sera dur d'arriver à une neutralité. Et après, il faudra des centaines d’années pour réabsorber ce gaz carbonique. L’effort est conséquent et il y a un vrai challenge de société.

C’est là où la comptabilité a une vertu implacable : en face de débits, j’ai des crédits. Tout le monde veut bien regarder les crédits donnés par la nature mais on ne veut pas regarder les débits que nous lui devons.

Après, il faut regarder de façon 360. Ce n’est pas parce que je fais une éolienne que j’ai résolu la trajectoire carbonée. Une éolienne apporte un certain nombre de solutions mais elle ne donne pas toutes les solutions donc il faut bien réintégrer dans l’ensemble les bénéfices et les coûts. Quel est par exemple le coût en recyclage des matériaux utilisés, quelles sont les équipes que l’on emploie sur le chantier, etc ? On voit sur le sujet des éoliennes des débats assez violents mais il n’y a pas de vision objective. L’intérêt de CARE-TDL c’est que l’on fait une évaluation de l’impact ontologique d’une éolienne sur toutes ses dimensions naturelles et humaines pour faire un choix en connaissance de cause. Et on sait également quelle va être la contribution des éoliennes ou des centrales nucléaires à la trajectoire carbonée.

De toute façon, quoi que l’on dise, quoi que l’on fasse, la somme des éoliennes, du photovoltaïque, du nucléaire ne représentera qu’une petite part de notre besoin en énergie. Donc on n’évitera pas la nécessité de réduire notre consommation. C’est ce langage de vérité qui est difficile à avoir lorsque l’on parle de croissance verte. Avec en conséquence plein de faux semblants, d’incohérences qui font que l’on a des débats assez animés mais qui ne sont pas les vrais débats. Ce qui me séduit dans CARE-TDL, c’est que l'on ne peut pas tricher. 

De 10 tonnes à 2 tonnes, pour ne pas dépasser les 2 degrés, on fait comment ? Il faut décroitre ? 

Vous êtes dans la conclusion de CARE-TDL. Avec cette méthode, on se donne un outil de pilotage des trajectoires à suivre. Probablement, cela sera une des conclusions mais je ne veux pas préjuger.

Effectivement, il y aura un besoin de décroissance ou de réduction de la consommation mais elle sera une conséquence d’une analyse où on met noir sur blanc l’ensemble des éléments.

Il y a par exemple une initiative du bureau d’études "Carbone 4" qui s’appelle "Net Zéro Initiative" et qui détaille 3 piliers : qu’est-ce que je fais pour réduire ma consommation ? Qu’est-ce que je fais pour permettre aux autres de ne pas consommer ? Qu’est-ce que je fais pour compenser ? Ce sont les 3 types d’efforts qu’il va falloir faire et que l’on peut piloter. Pour atteindre ces objectifs, il faut définir un modèle d’affaires différent qu’il va falloir construire.

CARE-TDL force à mettre en cohérence le modèle d’affaires, les efforts de préservation et les objectifs que l’on se donne. Il faut faire émerger ces comportements. La beauté du geste c’est que la comptabilité peut intégrer d'autres éléments dans son référentiel.

Il faut être capable de trouver des solutions avec les moyens que l’on a. Ça ne sert à rien de chercher un système idéal qui marchera quand la Terre aura disparu. C’est intellectuellement satisfaisant mais ça ne sert à personne donc il faut avoir une approche pragmatique.

Avec CARE-TDL, on peut procéder par étape. On peut commencer par le capital climat parce que l’on a déjà beaucoup de travaux - ceux de Carbone 4 par exemple - où on a défini ce que c’était une trajectoire qui allait préserver le climat. Il y a encore des climato-septiques mais il y a un relatif consensus sur la trajectoire du GIEC et des efforts à faire pour respecter la trajectoire des 1,5°C. Et ces efforts il faut les valoriser en termes de temps, d’investissements et suivre le remboursement de cette dette sur la trajectoire.

Il ne faut pas se leurrer, cette dette est importante. Fin 2019, dans la tribune publiée pour un appel à une finance de progrès social et environnemental, l’évaluation de la restauration du climat est de 93 000 milliards pendant 15 ans pour la planète. Le PIB annuel il est de 90 000 milliards donc c’est 15 années de PIB pour restaurer le climat.

Ceci dit, cette crise du coronavirus, tout autant dramatique qu’elle soit, est sans commune mesure avec l’ensemble des crises climatiques et humaines que l’on va avoir devant nous. On aura plusieurs crises à gérer en même temps, mais en termes de mobilisation face à cette crise sanitaire, on parle de 5 à 10% du PIB. Donc ceux qui parlent de croissance verte avec un impact de quelques points de PIB, à mon sens, c’est un déni de la réalité. 

Il faut découpler PIB et énergie ? 

Je ne suis pas économiste mais je pense que ce sera une conséquence de la façon dont on compte. La croissance que l’on a aujourd’hui ne compte pas tout et compte mal. On ne voit que ce qui est sous la lumière et on dit "là je vais croitre" et en fait on décroit. Je ne vais pas parler de décroissance parce que l’on est déjà en décroissance si l'on compte l'ensemble des coûts de restauration des capitaux naturels et humains. Moi qui suis dans la finance, dans toutes les évaluations de produit financiers, il y a les évaluations "cash basis" et les évaluations "mark-to-market". Je dois actualiser tous mes flux futurs, et de façon évidente, lorsque j’ai des gros versements au départ. Si on met tout de suite le cash initial en profit, on doit tenir compte de l’ensemble des charges qui correspond au remboursement de ce que l’on a eu au départ, en termes de valorisation. Il faut tout de suite les discompter parce que sinon les profits d'aujourd'hui seront les pertes certaines de demain. 

Donc je ne dirais pas qu’il faut passer d’une phase de croissance à une phase de décroissance, je dirais qu’il faut passer d’une phase où je compte mal et où je ne compte qu’une petite partie des choses à une phase où je compte tout pour prendre les bonnes décisions. 

Jean-Marc Jancovici illustre bien notre mauvais comptage actuel. Il dit que la Terre nous apporte de l’air et de la nourrtiture. Dans l’espace, pour avoir ces 2 éléments, il nous faut une station spatiale qui coûte 100 milliards. Il y a 6 habitants, c’est 15 milliards par habitant. Si on suppose que l’on amortit cette station spatiale sur 1000 ans, ça fait 15 millions par an. Et le PIB par habitant, il est de 15 000 euros. Ce que fournit gratuitement la Terre, c’est 15 millions par an versus 15 000 euros. On voit que notre optimisation des 15 000 euros, elle peut paraître tout à fait ridicule.

Pour en revenir à la méthode CARE-TDL, pouvez-vous nous en donner un exemple concret en agroécologie ? 

Il faut commencer par faire une évaluation ontologique pour mesurer le capital naturel. Il y a les questions classiques, (quel est le bilan en eau de la ferme, quel est le bilan carbone, etc) mais aussi tout un panel de questions plus systémiques pour une vison gobale des impacts : quel est l’impact de son activité sur le sol, quelle est la biodiversité et comment elle l’utilise ? Comment elle dégrade ce capital naturel et quels objectifs de restauration elle se donne ?

Ensuite il y a le capital humain : quel est le patrimoine de la ferme ? Quel objectif je me donne concernant la restauration ou la préservation patrimoniale, qu’est-ce qu’attendent les voisins (esthétique, traitement de la terre, etc), qu’est-ce qu’attendent les gens qui vivent sur la ferme, leur famille, les personnes qui en sont salariées ?

Ensuite, à partir du bilan financier, je regarde les efforts qui sont faits pour le remboursement de la dette - les efforts déjà faits rentrant dans le remboursement de la dette - et j’identifie le niveau de dette environnementale et humaine de la ferme. Donc, je pars d’un bilan financier au départ, je réévalue les capitaux environnementaux et humains et je rends compte des efforts et de la solvabilité de la ferme vis-à-vis des 3 capitaux.

Il faut ensuite intégrer le pilotage de ces capitaux au quotidien et les mettre au cœur de la gestion de la ferme.

En 2016/2017, on a fait une expérimentation sur 3 fermes avec "Fermes d’Avenir" et avec le support d’AgroParisTech, du cabinet Compta Durable, de scientifiques en écologie et sciences humaines.

On est partis sur le principe que ce qui était fait correspondait à ce qu’il fallait faire pour rembourser les capitaux. Ça a permis de visualiser les efforts au regard des capitaux naturels et humains et qui n’étaient pas visibles dans la comptabilité classique. Et d'avoir une 1ère victoire rapide. Et puis progressivement, on fait avec d’autres fermes du réseau "Fermes d’Avenir" et on va plus en amont sur l’évaluation des capitaux afin de montrer la différence entre les différentes fermes. On arrive à chaque fois à un bilan carré et à un profit durable revisité.

Notre sentiment est que la transition agroécologique ne peut pas se produire si on compte mal. Cette transition ne peut se faire qu’en comptant différemment la performance d’une entité agroécologique.

Ça peut aussi être utile vis-à-vis de l’adaptation de prêts bancaires. Ça pourrait être également la façon dont les aides de la PAC pourraient être distribuées afin de les donner en fonction de critères comptables de type CARE-TDL. Ce que l’on souhaite, c’est promouvoir cette méthode pour qu’elle s’impose comme outil de pilotage. 

Avec Carrefour, nous avons travaillé pour déterminer quel est le vrai prix de revient des aliments. Et l’idée serait de mettre en face du prix de vente, le prix de revient environnemental et humain. Ça veut dire qu’une tomate bio, si elle a été cultivée dans la plaine d’Almeria, il faut évaluer le coût environnemental de l’utilisation de la nappe phréatique pour les produire et également le coût humain d’utilisation de travailleurs immigrés logés dans des algécos et corvéables à merci. 

CARE-TDL, c’est la vérité des prix et la vérité des choses.On voit donc le levier que peut avoir le consommateur en connaissant exactement le prix de revient de son produit.

Et peut-être qu’il sera prêt à payer plus cher un produit dès lors que ce n’est pas au détriment d’un travailleur utilisé comme un esclave ou au détriment de la nappe phréatique d’un environnement qui deviendra un désert dans les 20 ans qui viennent.

Au sein de la chaire de comptabilité écologique d’AgroParisTech, il y a un certain nombre de travaux qui sont menés pour essayer de mettre en œuvre ce type de méthode CARE sur d’autres entreprises. LVMH par exemple veut utiliser CARE-TDL sur l’ensemble des vignobles de Champagne. Il y a aussi des expériences en PACA avec 10 entreprises dont Ricard et Auchan et qui vont délivrer un certain nombre de résultats au 1er trimestre. Donc CARE-TDL, ce n’est pas uniquement pour l’agroécologie, ça s’applique à toutes formes d’activité.

Au-delà des tests, des entreprises ont-elles adoptées CARE-TDL ? Peuvent-elles faire des retours d’expérience ? 

Aujourd’hui, les entreprises sont encore dans des phases d’expérimentation.

La crainte que j’ai, en allant à la vitesse où l’on va, c’est d’arriver à une méthode juste mais qui produira ses fruits un peu tard par rapport aux enjeux écologiques ou agroécologiques.

En parallèle de ces actions d’expérimentation, il faut des actions d’accélération politique et mettre plus d’efforts sur ces sujets.

La mise en place d’une norme comptable c’est beaucoup d’efforts et d'heures. Les IFRS, le nouveau corps comptable qui a été adopté en 2005 sur la base d’une comptabilité utilisée par les américains, a nécessité des milliers d’heures de travail. Mettre en place un nouveau corps comptable, c'est beaucoup de travail donc il faut déjà prendre la décision et changer de braquet. Un, il faut une prise de conscience, deux, il faut décider de le faire, et trois, se donner un horizon temps de déploiement et commencer par des victoires faciles.

Une 1ère proposition que je pourrais faire concerne l’ensemble des engagements RSE que se donnent les entreprises. Aucune entreprise ne dit officiellement aujourd’hui qu’elle ne va pas respecter la trajectoire du GIEC. Et bien je propose de valoriser l’ensemble des plans RSE des entreprises en méthode CARE-TDL. Intégrer dans le financier l’extra financier serait illustratif. On pourrait demander à l’ensemble des entreprises de produire ce type de compte à titre indicatif. 

Mais sans aucune incitation, je ne pense pas qu'une entreprise utilisera CARE-TDL  comme étant le cœur de son modèle comptable. Pour la bonne et simple raison que cette méthode identifie des dettes qui ne sont pas aujourd’hui identifiées dans la comptabilité. Donc en intégrant des dettes complémentaires, ce sont des remboursements de dettes à faire qui se visualisent à travers l’amortissement des actifs contreparties du capital que l’on aura identifié.

CARE-TDL va dégager du profit la partie durable de la partie non durable. A long terme, c’est bénéfique pour la société mais à court terme il faut être capable de communiquer des montants assez importants. Et parfois on peut trouver que le métier que l’on a n’est pas compatible avec la préservation du capital que l’on dit vouloir préserver.

Et c’est là où il faut faire un changement de stratégie. Mais ça peut être aussi profitable. Danone par exemple, c’est parti d’une stratégie du contenant vers le contenu. Donc on peut aussi changer complètement une stratégie en étant un leader mondial. Ça peut aussi donner un coup d’avance sur le métier dont on aura besoin en 2030 ou 2050 par rapport aux enjeux. Par contre, il faut trouver la trajectoire et c’est un exercice compliqué. Il faut bien rendre à la nature et à l’homme ce qui leur appartient et cela ne se compense pas.

Que répondez-vous à une entreprise qui vous dit qu’elle n’adopte pas CARE-TDL car elle va perdre des investisseurs ? 

C’est la réponse que va faire toute entreprise au départ.

Aujourd’hui les entreprises ont défini leur raison d’être avec la loi Pacte. Elles ont donc l'obligation de mettre des actions effectives en lien avec ce qu'elles affichent dans leur raison d'être.

Le problème c’est aussi comment éduquer les investisseurs. Une grande partie des investisseurs, ce sont les fonds de pension. On voit bien également à travers le débat qu’il y a eu sur les retraites que ne distribuer que le profit durable ça veut dire aussi que les fonds de pension ont moins de rémunération et moins de capacité à distribuer des retraites.

Les investisseurs sont-ils prêts eux aussi à avoir une moindre rémunération ? C’est un changement de société. Je n’ai pas de réponse directe parce que le dialogue vis-à-vis des investisseurs est basé sur une façon de mal compter. La logique d’opportunités/bénéfices est différente de la logique de préservation et c’est une logique qui reste purement financière. 

Et à la fin, on n’empêchera pas que la trajectoire ne bouge pas. D’ailleurs c’est ce que l’on constate. A part faire appel à la sincérité ou à la conscience de ce que l’on se dit, je n’ai pas la réponse.

Lorsque la loi Pacte a été élaborée, il y a un rapport qui a été fait par Nicole Notat et Jean-Dominique Senard et dans le préambule il est indiqué que toute compréhension de l’entreprise passe par la comptabilité.

Il est dit que la comptabilité ne donne pas une image fidèle de la pratique des entreprises en matière environnementale et humaine et que les dirigeants ne peuvent pas prendre une décision avisée.

Une comptabilité générale devrait se fonder sur l’intérêt public, selon une tradition existant en France et en Allemagne, et non sur l’intérêt privé, position de l’IASB. Dans ce rapport est dit que l’on avait historiquement des causalités qui étaient plus tournées vers le respect de l’Environnement. Mais avec l’instauration des IFRS - proposées par l’IASB et mises en œuvre via une directive européenne pour les grands groupes en 2005 - qui ont été définies par des entreprises privées, on s’en est éloigné. Les éléments comptables que l’on a aujourd’hui ne permettent pas d’avoir une décision fidèle et sincère en matière environnementale. Ce qui veut dire en creux que les comptes que l’on a aujourd’hui ne sont ni conformes, ni sincères, ni fidèles. Le rapport fait la préconisation d’étudier les conditions pour que les normes comptables servent l’intérêt général mais malheureusement il n’y a pas le début du quart d’un effet. Est-ce que les investisseurs d’aujourd’hui sont aussi redevables des retraites qu’ils vont verser dans 5 ans ou 10 ans, est-ce que les choix qui sont faits aujourd’hui ne seront pas non plus destructeurs de valeurs et finalement sur une vision à long terme ne privilégieront pas les entreprises qui n’existeront plus dans 10 ans ? A la fin rien ne se perd rien ne se crée. Prendre les bonnes décisions environnementales c’est aussi assurer la pérennité d’une entreprise. Par contre, il faut aussi vivre demain et après-demain et la question c’est de survivre aujourd’hui et de passer à après-demain. L’entreprise doit trouver des vrais investisseurs qui ont une vision long terme. Et ça existe.

CARE-TDL peut-il être un « crash test » pour évaluer la capacité de résilience d’une entreprise ? 

C’est un « crash test » mais je ne sais pas si ça peut convaincre. C’est la question de l’horizon dans lequel on se positionne.

Le MEDEF vient de publier une lettre en demandant que les critères écologiques soient levés pour permettre de repartir une fois le confinement terminé … A travers cet appel, j’ai le sentiment que cette action du crash vers lequel on va n’est pas prégnante. Du coup, je ne sais pas si cet argument du « crash test » porte car ça ne permet pas de passer la problématique du déni. Cette lettre ouverte du MEDEF est typiquement un déni.

Pour moi, c’est une grande douleur et une grande interrogation parce que je me dis que ce sont des personnes intelligentes qui ont écrit ça. C’est pourtant du niveau de la règle de 3 ce dont on parle. Et ce sont les personnes qui écrivent ça qui sont aux commandes. Jean-Dominique Senard a quand même de l’importance au MEDEF et il a signé un rapport où il est conscient des problèmes.

Ça m’intéresserait, pour répondre à cette question, d’avoir un entretien avec Jean-Dominique Senard, pour savoir quelle est sa position par rapport à CARE-TDL, et co-construire ensemble l’argumentation pour permettre d’adopter une méthode de compter qui soit salvatrice pour nous et pour nos enfants.

Au niveau d’une entreprise comme Lumo, qu’est-ce qu'impliquerait le passage à la méthode CARE-TDL ?

Lumo est une plateforme de financement participatif. Passer en CARE-TDL, c’est évaluer ses capitaux humains donc les obligations de Lumo vis-à-vis de ses employés et de ceux qui sont impliqués ou impactés par son activté. 

La partie capital naturel, en action directe, c’est évaluer l’impact carbone mais ça ne va pas aller bien loin parce que ce n’est pas une société industrielle.

Par contre, ça veut dire utiliser CARE-TDL dans l’évaluation des projets car Lumo est dans le support des appels à projets.

Lumo pourrait demander aux différents porteurs de projets de valoriser en méthode CARE-TDL les projets qui vont être financés. Et là on aurait une vérité et ça forcerait à donner une transparence sur le réel impact de ces énergies renouvelables sur l’Environnement. Et sortir du débat sur lequel on ne sait pas à la fin qui a raison, qui a tort. 

Sur les projets en méthode CARE-TDL, on pourrait proposer un petit boni pour le porteur de projets. Ça c’est une action concrète qui est une 1ère marche. Concernant le modèle d’affaires, ça peut être aussi une façon pour Lumo de pousser la trajectoire et de partager, avec les spécialistes du financement de projets, l’intégration de ce type de méthode. Lumo et ses parties prenantes pourraient contribuer à la création d’une norme d’évaluation de projets avec une méthode comptable qui soit réelle.

Quand je vois tous les engagements RSE des banques je ne sais pas quel est le meilleur. En fait, on n’en sait rien. Utiliser la méthode CARE-TDL, ça permettrait de faire la vraie différence et peut-être prouver que ces établissements sont dans l’accompagnement de la transition écologique et dans le financement de ces 90 000 milliards par an. Cela permettrait de faire de la finance un allié de l’Environnement.

Est-ce que vous pensez, comme l’explique Jacques Richard qui est le concepteur de CARE-TDL, que la comptabilité telle qu’elle est pratiquée actuellement, est fondamentalement à l’origine des problèmes des sociétés capitalistes ? 

Ce n’est pas par hasard que l’on fait ce que l’ont fait aujourd’hui. C’est comme un avion avec un pilote automatique. Aujourd’hui, l’ensemble des décisions que l’on prend sont prises pour préserver les capitaux financiers. Et on voit bien avec le MEDEF que c’est la 1ère réaction. Je suis tout à fait d’accord avec Jacques Richard, je vois inéluctablement que si on ne change pas on va se crasher aussi sûrement qu’un avion.

Est-ce que c’est possible de changer ça ? C’est l’anecdote du scorpion et de la grenouille. Le scorpion veut aller de l’autre côté de la rivière et demande à la grenouille de le transporter. La grenouille lui dit non parce qu’elle craint que le scorpion ne la pique. Le scorpion dit que non, qu’il n’est pas fou, qu’il ne va pas la piquer. Mais au milieu de la rivière, il pique la grenouille. La grenouille avant de mourir lui demande pourquoi il a fait ça et lui dit qu’ils vont mourir tous les 2. Et le scorpion répond : oui, mais je ne peux pas m’en empêcher.

Mon rêve c’est que les capitalistes puissent s’en empêcher.

Ce qui se produit est inéluctable par rapport à notre façon de compter et à ce que l’on a privilégié. A un moment ça s’arrêtera, quand on manquera d’eau et d’énergie. L’argent ne servira à rien et la vie sera brutale.

Dominique, le mot de la fin ?

On a beaucoup parlé de création de valeurs. Étymologiquement, la valeur c’est la force de vie. Ce n’est pas l’argent. CARE-TDL c’est aussi la protection de la vie et ce que je souhaiterais partager c’est que ça permette de redonner force à la vie et faire qu’il y ait un demain pour nous et pour nos enfants. C’est pour moi fondamental et ce que j’appelle de mes vœux c’est que je puisse partager cette vision-là.

Ma douleur aujourd’hui, c’est que j’ai le sentiment de ne pas arriver à la partager à la hauteur de ce qu’il faudrait faire et d’être un peu comme Cassandre qui n’a pas sauvé Troie et s’est finalement suicidée. Et son suicide n’a servi à rien, Troie n’a pas été sauvée.

J’aurais un autre souhait mais celui-là je n’y crois pas beaucoup, c’est celui de me tromper et que l’on n’aille pas vers l’inéluctable. Mais je crains ne pas me tromper.

Merci enfin de m’avoir permis de partager de façon libre sur des sujets qui peuvent impacter le modèle d’affaires de Lumo et de ses parties prenantes.


  • Vidéo de l'interview format court 


  • Vidéo de l'interview version intégrale 

 

  • Présentation PowerPoint de CARE-TDL par Dominique Ioos : Consulter

 

 

 

 

 

 

 

 

Plateforme de financement participatif régulée par les autorités françaises

Lumo vous recommande d’être vigilant avant tout investissement. Les investissements comportent un risque d’illiquidité, un risque d’avoir un rendement inférieur aux attentes et un risque de perte totale ou partielle du montant investi. Diversifiez votre épargne, n’investissez que l’argent dont vous n’avez pas besoin à court terme et n’investissez pas dans ce que vous ne comprenez pas.